C’est dans l’écrin architectural flambant neuf de l’auditorium Madiba Songue, joyau technologique logé au cœur du tout nouvel immeuble-siège de la Mairie de la Commune d’Arrondissement de Douala 3è, que s’est jouée ce mardi 23 juin 2026 une scène majeure de l’histoire de la gouvernance locale au Cameroun : L’échange citoyenne, devenu ici une tradition.
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Les sceptiques et les habitués des messes basses administratives en ont pour leurs frais. Ici, point de condescendance bureaucratique ni de rapports lissés dans le secret des cabinets capitonnés. Valentin Epoupa Bossambo, le remuant et impétueux chef de l’exécutif de la Commune d’Arrondissement de Douala 3è, reconnue comme la plus vaste, couvrant 19 villages et 107 quartiers, et aussi la plus complexe et la plus densément peuplée de la capitale économique, s’est avancé seul, sans filet, pour un « Grand Oral » face à ses mandants. L’exercice, qui en est à sa 10è édition globale et à sa 8è modération sous la houlette critique et indépendante de l’ONG Un Monde Avenir (1MA), dirigée par le rigoureux Philippe Nanga, n’avait rien d’une promenade de santé. Pour la première fois, le dispositif a revêtu un caractère résolument moderne et hybride. Grâce à un partenariat technique d’envergure internationale noué avec le Forum Social Mondial de Terre Solidaire, les débats ne se limitaient pas aux murs de l’auditorium.
Ils étaient retransmis en direct à travers le monde, permettant à la dynamique et exigeante diaspora de Douala 3è qu’il s’agisse des anciens résidents installés dans d’autres cités du triangle national ou des enfants de la commune éparpillés à l’étranger d’intervenir, de disséquer et de questionner la gestion de leur terroir d’origine. Il convient de planter le décor légal pour comprendre la portée de l’événement. Comme l’a rappelé le Coordonnateur de 1MA, Philippe Nanga, cette rencontre n’est en rien une faveur princière octroyée par un Magistrat municipal magnanime à ses sujets. Elle s’inscrit en droite ligne des articles 41 et 42 du Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) du 24 décembre 2019, qui imposent la participation citoyenne à l’action communale et le principe absolu de redevabilité. Alors que sous de nombreux Maires rasent les murs, boudent ces obligations ou considèrent les comptes publics comme des secrets d’État, l’exécutif de Douala 3è fait le pari de la transparence pour désamorcer les rumeurs, tuer les conflits latents dans l’œuf et substituer la culture de la négociation à celle de la méfiance.
Mise en exergue d’un bilan de près de six ans
Pendant son discours d’ouverture, Valentin Epoupa Bossambo a exposé la trajectoire d’une municipalité qui a dû se doter d’outils hors normes pour répondre à des défis herculéens. En six années de magistrature, la transformation structurelle s’est matérialisée par la création d’une Régie Autonome de Génie Civil, adossée à un parc d’engins lourds d’une valeur stratégique inestimable. C’est cette arme technique qui a permis l’aménagement des voies d’accès dans des enclaves autrefois impraticables et le curage systématique de dizaines de kilomètres de drains. À Douala 3è, la lutte contre les inondations chroniques n’est plus une promesse de campagne électorale, mais une bataille de tranchées quotidienne, menée de front avec la traque contre le désordre urbain et l’assainissement des constructions spontanées.
Le bilan égrené ne souffre d’aucune approximation statistique. L’exécutif revendique la réhabilitation complète et la construction de plusieurs Centres Médicaux d’Arrondissement (CMA), notamment dans la zone de recasement de Ndogpassi (Ndogpassi ZR), ainsi que la pose de réseaux d’adduction d’eau potable à Ngodi Bakoko. Sur le plan de la sécurité et de la modernisation, pas moins de 500 lampadaires solaires ont été déployés dans les zones criminogènes en moins de six ans. Pour soutenir ce déploiement, la Mairie a misé sur l’humain : 500 artisans sont répertoriés et formés chaque année, tandis que le Bureau Municipal d’Emploi oriente les jeunes vers des secteurs à fort taux d’employabilité, à l’instar de la plomberie et de la fabrication locale de pavés.
Cependant, le véritable marqueur social de cette mandature reste le projet des « filets sociaux ». Devenu la signature humaniste de la CAD 3è, ce programme soutient de manière permanente plus de 2 500 personnes en situation de vulnérabilité extrême, avec une priorité absolue accordée aux femmes, aux jeunes, aux personnes vivants avec le handicap et aux déplacés internes fuyant les crises sécuritaires. Grâce au concours des plans d’affaires, une centaine de micro-entrepreneurs ont reçu des appuis financiers directs, renforcés sur le terrain par l’accompagnement de l’ONG EDEN Africa dans le domaine de l’entrepreneuriat féminin. Le tout est résumé par le nouveau mot d’ordre de la cité : « Un Douala 3è : Plus Propre et Plus Sain ».
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L’audit implacable des jeunes : L’exercice de vérité
Mais le moment le plus électrique de ces Journées d’Échanges Citoyens est sans conteste survenu lors de la présentation du rapport de suivi-évaluation des projets de l’exercice 2025. Porté par la voix ferme de Madame Poupeni, née Aichetou Makouete, ce document est le fruit d’un travail d’enquête de terrain mené en toute indépendance par les jeunes mobilisés par l’ONG 1MA. Loin des rapports de complaisance, l’audit citoyen a passé au crible 17 projets phares inscrits au budget de l’année précédente. Le verdict est tombé comme un couperet, transparent et nuancé : – 09 projets ont été réalisés à 100%, atteignant pleinement leurs objectifs initiaux ; – 05 projets affichent un taux d’exécution moyen de 50%, englués dans des lenteurs administratives ; – 04 projets stagnent à un niveau critique, avec un taux de réalisation inférieur à 40% ; – 03 projets ont été classés dans la catégorie des investissements incertains, nécessitant un arbitrage urgent ; – 00 projet n’a cependant été totalement abandonné ou laissé à l’état de coquille vide.
Reprenant la parole, le Maire, tout en saluant la rigueur patriotique des jeunes enquêteurs, a tenu à apporter des clarifications de technicien. Valentin Epoupa Bossambo a ainsi mis en exergue des réalisations d’urgence oubliées par les radars de l’ONG, notamment le tour de force consistant en l’installation de ces 300 lampadaires en l’espace de 72 heures chrono pour sécuriser des quartiers plongés subitement dans le noir. Il a également justifié les retards de certains chantiers par les procédures complexes de déblocage des fonds du Budget d’Investissement Public (BIP). Lorsque la phase des questions-réponses a été ouverte, les digues ont rompu. La parole citoyenne, trop longtemps contenue, a déferlé dans l’auditorium Madiba Songue. Représentants des 107 quartiers de l’Arrondissement, leaders des 19 Comités de villages récemment installés, femmes des marchés et jeunes diplômés se sont succédé au micro.
Si aucun intervenant n’a nié la quantité inestimable des chantiers sortis de terre, tous ont rappelé la dure réalité : Douala 3è est un ogre démographique dont l’estomac réclame des infrastructures à un rythme que les finances municipales peinent à suivre. Le cahier des besoins soumis en direct à l’édile donne le vertige : – Le cri de détresse des commerçants du marché de Ndogpassi qui ont rappelé le drame du double incendie qui a ravagé le marché local, laissant plus d’une centaine de boutiques sans toiture, ruinant des familles entières et exposant les rescapés aux intempéries. – Le désert infrastructurel entre le PK 12 et le PK 24, sur le flanc relevant de la compétence de Douala 3è, les populations vivent dans un abandon structurel. L’absence totale d’un Centre de Santé Intégré (CSI) ou d’un hôpital de district contraint les malades à des transhumances médicales périlleuses.
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Retombées concrètes de cette exercice
Pire, sur le plan éducatif, aucun lycée public ni école primaire d’envergure n’existe sur cet axe de douze kilomètres, condamnant les enfants à de longues marches quotidiennes le long d’une route nationale accidentogène. – La pénurie d’eau potable reste entière dans les nouveaux quartiers périphériques, tandis que la dégradation avancée des vieux ponts et des buses menace de couper certains îlots du reste de la ville à la moindre grande pluie. Présent dans la salle, Tonga Martin Fritz, Point Focal du Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL) pour le Wouri, a posé un diagnostic lucide. Compte tenu de la configuration spatiale de la commune, aucun Maire, fût-il doué d’ubiquité, ne peut arpenter chaque recoin de ce territoire. C’est pourquoi la mise sur pied des Comités de quartiers comme relais administratifs s’avère vitale. Il a exhorté la municipalité à exploiter davantage les transferts de compétences de l’État et à généraliser l’approche de l’Intensité de Main d’Œuvre (IMO) pour intégrer la jeunesse désœuvrée dans les chantiers de voirie.
Face à cette avalanche de réclamations, Valentin Epoupa Bossambo n’a pas fui ses responsabilités. Loin de se réfugier derrière les éternelles excuses d’insuffisance budgétaire, l’homme a choisi de regarder son électorat dans les yeux. Sa réplique, cinglante de franchise, résonne encore sous les voûtes de l’auditorium : « À quoi servirait-il d’organiser un tel exercice, de mobiliser la société civile, l’État et la diaspora, si nous ne donnions pas une suite favorable aux besoins pressants exprimés par notre base ? Ce forum n’est pas un cirque médiatique, c’est un cahier de commandes. » Pour prouver sa bonne foi, le Maire a immédiatement annoncé l’inscription des requêtes dans les urgences. Notamment la sécurisation du marché de Ndogpassi, l’enregistrement des quartiers souffrant des pénuries d’eau pour actionner la convention signée avec Camwater pour la construction des Bonne-fontaines et la réfection des réseaux défectueux d’approvisionnement en eau potable.
A cela s’ajoute l’étude de faisabilité pour les infrastructures scolaires des PK 13 – PK14, dans l’agenda des perspectives de l’exercice 2026. Il a rappelé que lorsque la méthode participative est appliquée, les résultats suivent, citant en exemple le réaménagement spectaculaire de l’École publique de Bilongue et de sa maternelle éponyme, dont les effectifs ont été triplés en un cycle budgétaire grâce à la restauration de la dignité des salles de classe. Au final, cette dixième édition des JEC aura démontré que la décentralisation au Cameroun n’est pas une simple formule de style confinée dans les séminaires ministériels de Yaoundé. À Douala 3è, elle s’écrit avec la sueur des populations, la rigueur de la société civile et le courage politique d’un exécutif qui accepte de soumettre son pouvoir au contrôle populaire. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que se construira une République exemplaire. Pour que vive la décentralisation !
Mathieu Nathanaël NJOG
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