Douala, la capitale économique, s’est transformée le 10 février 2026 en un véritable épicentre de la réflexion citoyenne. À l’occasion de la 8ème édition du Forum National Jeune organisé par l’ONG « Un Monde Avenir », une centaine de délégués venus des dix régions du pays ont exploré les méandres de la gouvernance politique à l’ère du digital. Entre la soif de liberté et la rigueur de la loi, la jeunesse camerounaise cherche sa voie sur une toile de plus en plus influente.
Une mutation sociologique profonde
Le décor est planté dès l’ouverture des travaux : le Web camerounais n’est plus ce qu’il était. Les exposants ont martelé un constat chiffré saisissant. Si en 2018, l’accès à Internet restait le privilège d’une minorité, l’année 2026 marque l’apogée de l’ère du smartphone. Aujourd’hui, la pénétration du réseau a explosé, portée par l’accessibilité de plateformes comme Facebook, TikTok, WhatsApp ou X.
Cette transformation n’est pas que technique, elle est éminemment politique. L’opinion publique ne se forge plus uniquement dans les médias traditionnels ; elle se construit en temps réel, au gré des algorithmes. Comme l’a souligné le représentant du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (Minjec), le numérique s’est imposé comme le « quatrième pouvoir ». Plus encore, la société civile, par sa capacité à orienter ces flux numériques, émerge désormais comme un « cinquième pouvoir », capable de transformer une simple indignation en ligne en une action citoyenne structurée.
Du « citoyen connecté » au « citoyen acteur »
L’un des moments forts de cette 8ème édition a été l’intervention d’Hiram Samuel Iyodi. Pour cet acteur politique, Internet est l’arme fatale des jeunes pour briser les verrous des circuits politiques classiques, souvent jugés trop coûteux ou hermétiques. Le numérique offre une tribune directe pour porter un projet de société sans intermédiaire.
Cependant, la simple connexion ne suffit pas. Ernest Yene, consultant en développement, a pointé du doigt le risque de la passivité. Le défi majeur reste de transformer le «citoyen connecté » — celui qui se contente de « liker » ou de commenter — en un « citoyen acteur ». Ce dernier doit apprendre à utiliser les outils digitaux pour suivre l’exécution des budgets publics, interpeller les élus et structurer des initiatives communautaires. Le passage de la réaction émotionnelle à la construction démocratique est le véritable enjeu de cette décennie.

L’électrochoc : Le procès de la « course aux likes »
Pour que la sensibilisation ne reste pas théorique, les organisateurs ont frappé fort avec une mise en scène pédagogique : un procès fictif. Au banc des accusés, Junior Ngongang, un influenceur dont la dérive a servi d’exemple. Accusé d’avoir manipulé l’opinion et diffusé des « fake news » pour booster son audience, le personnage a tenté de s’abriter derrière la liberté d’expression.
Le verdict, implacable, est tombé : 12 mois d’emprisonnement ferme, confiscation du matériel et suppression des comptes incriminés. Ce simulacre a jeté un froid dans l’assistance, rappelant que derrière le virtuel, les conséquences pénales sont bien réelles. Les encadreurs ont profité de ce moment de tension pour rappeler l’arsenal juridique camerounais, notamment le Code pénal et la loi sur la cybersécurité, qui encadrent strictement la diffamation et la propagation de fausses nouvelles.
Un espace de droit à conquérir
Le message final de ce forum est sans détour : Internet n’est pas un espace de non-droit. La liberté offerte par le numérique exige une responsabilité équivalente. Le Web ne doit pas être une arme de division ou un terreau pour les rumeurs qui fragilisent le tissu social, mais un instrument de transparence.
Au terme des échanges, les jeunes leaders sont repartis vers leurs régions respectives avec une mission : faire du triangle national un modèle de gouvernance numérique responsable. La 8ème édition du forum «Un Monde Avenir» aura réussi son pari : prouver que si le numérique a changé la donne politique, c’est à la jeunesse qu’il appartient d’en définir les règles éthiques
Hervé Villard Njiélé